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Australie «les politiciens nous ont traînés aux portes de l’enfer»

Coutumière des catastrophes en tout genre, l’île-continent est en proie depuis trois mois à l’une des plus destructrices qu’elle ait connues. Le lien avec le réchauffement climatique, lui-même impacté par l’homme, est établi, tandis que Canberra reste un bien mauvais élève dans le combat pour une planète plus durable. L’Australie va-t-elle sortir de sa léthargie écologique face à ce qui s’impose désormais comme son immense défi ? Dans la rue comme chez les intellectuels et scientifiques, la colère est en tout cas éruptive.


L’Australie brûle sur une surface qui, de mémoire d’homme, n’a jamais été aussi vaste. L’été dernier, les effroyables incendies de la forêt amazonienne avaient violemment percuté les opinions publiques mondiales. À peine quelques mois plus tard, quand ils ne sont pas oubliés, ils sont relégués au rang de feux follets devant le gigantisme des flammes du bush australien. D’ailleurs, les panaches de fumée s’élevant sur le pourtour de l’île se sont envolés… jusqu’au Brésil, 12 000 km par-delà le Pacifique, dans un cynique jeu de vases communiquant. Depuis septembre, cette fière terre de merveilles découvre l’apocalypse.
Les nuages de fumée générés par les incendies étouffent l’Australie. GLEN MORE via REUTERS
Les alertes rouges scientifiques…
L’été austral ne fait que commencer. Pics de chaleur et incendies peuvent encore survenir dans les deux prochains mois. Mais la saison trimbale déjà un cortège de victimes humaines (27 au 9 janvier) et animales – l’estimation avancée par le professeur Chris Dickman et confirmée à RFI de 1 000 000 000 d’animaux « affectés » donne la dimension du désastre en cours – et de dégâts matériels (8,5 millions de terres brûlées, deux milliers de maisons réduites en cendres). « Le bilan humain est limité au regard du caractère destructeur des feux, grâce aux efforts considérables des pompiers. Mais c’est aussi dû aux très bonnes prévisions des météorologistes. Les pompiers ont pu mieux anticiper leurs opérations que par le passé », se réjouit le météorologue australien Neville Nicholls, joint par nos soins.
Le cercle vicieuxest connu. D’abord, les températures augmentent : 2019 fut l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec 1,5°C de plus que la moyenne de long terme et décembre fut le mois le plus chaud et le plus sec (40% de précipitations en moins). Ces chaleurs extrêmes (les étés à plus de 40°C sont réguliers depuis près de dix ans) génèrent une évaporation et un assèchement plus rapides de la végétation, changée en un combustible hautement inflammable.
Il y a dix ans, le pays connaissait les incendies les plus meurtriers : 173 morts lors de l’épisode du Black Saturday de 2009, qui achevait la longue sécheresse dite « du Millénaire ». Puis, les deux années suivantes, l’Australie subissait les inondations les plus dantesques depuis 150 ans, dans le sud-est du Queensland (35 morts, 200 000 personnes touchées, 2,3 milliards de dollars de dégâts).
Et c’est ce scénario que redoutent de nombreux scientifiques de l’agriculture et du climat, en Australie comme en France ou ailleurs : les variations climatiques interannuelles, effets concrets de court terme du changement du climat, quand celui-ci n’est en fait qu’une moyenne calculée sur quelques décennies. « Après une longue sécheresse, on peut avoir de fortes précipitations qui causent des inondations. Or, le sol est dur et sec, et les écoulements sont violents, car il n’y a plus de végétation pour les freiner. En outre, ils entraînent la cendre des incendies dans les barrages et réservoirs d’eau, ce qui engendre d’autres problèmes », explique Nicholls.

Anomalie de la température moyenne annuelle entre 1910 et 2019 (capture d’écran)Commonwealth of Australia 2020, Bureau of Meteorology
Chaque année apporte son lot de désastres, encore aujourd’hui qualifiés de « catastrophes naturelles ». Une terminologie un peu dépassée et bien pratique pour se défausser, comme le remarque le Canberra Times le 6 janvier dernier, alors que les incidences d’origine anthropique dans le réchauffement planétaire ne sont plus à démontrer. « C’est évident, les hommes les aggravent. Et sans accord politique pour contenir les émissions de gaz, on peut s’attendre à des vagues de chaleur bien pires à l’avenir », prévenait en 2011 Neville Nicholls. Le Bureau de météorologie, où il a exercé pendant 35 ans, prévoyait dans son rapport 2018, « une chute des précipitations avec une plus longue période de sécheresse ».
Les faits et les chiffres sont donc clairs, nets, vérifiés, corrélés, établis de longue date, et les prévisions de plus en plus précises. « Les premières alertes des climatologues australiens remontent aux années 1980. En 1988, un article signale que le réchauffement va augmenter le risque de feux de bush », pointe encore ce membre de l’Académie australienne des Sciences.
De son côté, le consultant en communications scientifiques Ketan Joshi, qui a travaillé à l’Agence nationale australienne des sciences (Csiro), a compilé sur Twitter les nombreuses alertes scientifiques sur les risques d’incendie.

RFI

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